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Novosibirsk: à la recherche de Jean Echenoz et de l'âme russe

Partie de Moscou il y a dix jours, la délégation d'écrivains français embarquée à bord du train " Blaise Cendrars " est entrée en Sibérie, cette prison sans barreaux, par sa capitale : Novosibirsk. C'est là que David Caviglioli a rejoint cette joyeuse troupe. Pour BibliObs, il raconte la première étape de son " Trans-cybérien "

Il faut bien qu'il y ait une porte d'entrée. Les deux wagons vert bouteille du train " Blaise Cendrars " se sont arrêtés à Novosibirsk, l'antichambre occidentale de la steppe sibérienne. C'est une ville-champignon, une excroissance du chemin de fer. Regardant la gare, Dominique Fernandez fait remarquer qu'elle a " la forme d'une locomotive, tournée vers l'est ". La petite bourgade des ouvriers du rail est devenue, en un peu plus d'un siècle, une métastase de tours en construction, posées là où il y a de la place, entre les immeubles décatis du constructivisme soviétique et les zones industrielles à la rouille hérissée de grues.


(c)David Caviglioli
Le train "Blaise Cendrars" en gare de Novosibirsk.

Michel Strogoff, qui contrairement à Dominique Fernandez n'avait pas de train à disposition pour rallier Irkoutsk dans le roman de Jules Verne, n'a pas vu Novosibirsk. Il n'était pas non plus guidé par les organisateurs de l'année France-Russie. Son périple aurait été autrement plus court. Assommée par un emploi du temps colossal, la délégation avance au rythme de Vassili, le sergent-chef du cortège que le destin semble traîner par sa montre à gousset.

Il distille ses sentences mélodieuses aux écrivains en retard. " Le train ne nous attendra pas ". " Il vaut mieux avoir quinze minutes d'avance qu'une minute de retard ". Sans ce personnage hegelien, à la fois maître et esclave du temps qui passe, qui sait à quelle heure débuteraient les innombrables conférences de presse, visites de musées, tables rondes, rencontres d'étudiants et débats littéraires ?

(c)David Caviglioli
Rencontre: Maylis de Kerangal, Eugène Stavitzkaya et Géraldine Dunbar dans une librairie russe.

Si tout le monde avait la ponctualité de Jean Echenoz, ils n'auraient même probablement pas lieu. Car tandis qu'Olivier Rolin devrait prendre le train en marche à Irkoutsk, personne ne sait si l'auteur de " Courir ", tête d'affiche pour le public russe,viendra ou non. L'inquiétude se lit sur les visages des officiels. Certains se font du souci pour Grigory Milogulov, le directeur de l'alliance française de Novosibirsk, que l'attente d'un signe de vie de la part d'Echenoz semble priver de sommeil.

(c)David Caviglioli
 
Les livres de Jean Echenoz, tête d'affiche pour le public russe.

En attendant, les discussions vont bon train face à un public étonnamment nombreux. Que penser de l'effarant développement économique du pays ? La question méritait d'être posée à Novosibirsk la nouvelle riche, où les gratte-ciel triomphants (et sans doute inutiles) émergent quotidiennement du sol pétroleux. Danièle Sallenave ne revient pas d'avoir vu une boutique dans laquelle des ustensiles de cuisine étaient vendus pour l'équivalent d'une année de retraite.

L'autre débat en vogue concerne l'existence de l'âme russe, dont Dominique Fernandez ne rate pas une occasion de chanter la beauté. L'académicien s'est heurté à la résistance de quelques impies qui ne croient pas à l'âme. Notamment d'Eugène Savitzkaya, écrivain belge et taciturne qui a frappé les esprits lors d'une rencontre dans une librairie du centre-ville, où trônaient les traductions russes des superstars Frédéric Beigbeder et Anna Gavalda.

" Parlons plutôt de l'intelligence russe, a martelé cet admirateur de Guyotat et de Genet. La littérature ne réclame pas l'âme, mais l'intelligence. Il faut comprendre ce qu'on lit. J'enseigne les lettres en Belgique : dans ma classe, il y a une étudiante russe dix, cent, mille fois supérieure aux autres élèves. J'en déduis que les Russes ont su conserver une intelligence, là où le niveau intellectuel du lecteur d'Europe de l'Ouest a incroyablement diminué."

On a tenté, après ce débat, d'aller prendre auprès de lui la défense de ce pauvre lecteur occidental. On n'a récolté qu'une sévérité supplétive pour le lecteur russe. " J'aurais dû dire la même chose des Russes, quand on voit ce qu'ils traduisent du français. Mais je n'ai pas osé, j'avais peur qu'ils me sautent dessus."

Il a eu raison : la prudence est le secret des voyages réussis.

(c)David Caviglioli
 
Novosibirsk la nouvelle riche, où les gratte-ciel triomphants (et sans doute inutiles) émergent quotidiennement du sol pétroleux.
 




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